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Que se passe-t-il (vraiment) dans le secteur du covoiturage courte-distance?

Analyse Klaxit rachète iDVROOM, Ecov s'empare de OuiHop'... Après la multitude de start-up créées entre 2012 et 2015 dans le domaine du covoiturage courte-distance, ce secteur semble entrer dans une phase de structuration. Mais deux approches du covoiturage domicile/travail s'opposent, avec d'un côté, les start-up qui proposent des solutions locales distinctes, et de l'autre, celles qui ont une approche plus globale et unifiée.
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Que se passe-t-il (vraiment) dans le secteur du covoiturage courte-distance?
Que se passe-t-il (vraiment) dans le secteur du covoiturage courte-distance? © Alikaphoto

En l'espace de quelques jours, Klaxit a annoncé le rachat d'iDVROOM et Ecov s'est emparé de OuiHop'. Olivier Binet, cofondateur et CEO du spécialiste du secteur covoiturage domicile/travail Karos, évoque auprès de L'Usine Digitale "des micro-phénomènes" : Ecov et OuiHop' sont des petits acteurs comptabilisant peu d'inscrits et iDVROOM ne réalise qu'un nombre limité de covoiturage par rapport au nombre d'inscrits sur la plateforme.

 

Le covoiturage courte-distance est "en phase d'accélération"

Si ces annonces sont anecdotiques, elles sont peut-être néanmoins les prémices d'une ère de structuration et de consolidation du marché. Entre 2012 et 2015, de nombreuses start-up se sont lancées dans le covoiturage domicile/travail, secteur abandonné par BlaBlaCar quelques années auparavant mais qui semble aujourd'hui trouver son public. Des utilisateurs de plus en plus soucieux de leur impact environnemental et poussés vers cette offre en raison de l'augmentation du coût du transport en voiture individuel (prix de l'essence et de l'entretien des véhicules) et de la mise en place de subventions par l'Etat, les collectivités locales ou les entreprises. "Dans les prochaines années, il y aura un réel essor du covoiturage courte-distance", assure Haude Courtier, consultante spécialisée dans le transport chez Wavestone, pour qui le covoiturage domicile/travail est "en phase d'accélération".

 

"Les gros acteurs dans le domaine de la mobilité ne voient plus les trajets domicile/travail comme un gadget mais comme un marché qui s'ouvre et sur lequel les cas d'usage se multiplient", abonde Olivier Binet de Karos. Ce dernier est persuadé que le marché du covoiturage domicile/travail se structurera lorsque des industriels de l'automobile ou du transport décideront d'investir de l'argent… Pour l'instant, devant le foisonnement d'acteurs présents sur ce secteur, "les plus faibles disparaissent et les autres rachètent leurs concurrents", déclare Haude Courtier. Un mouvement d'autant plus logique que pour fonctionner correctement, les acteurs du covoiturage courte-distance ont besoin d'avoir une taille critique suffisante pour que toute personne cherchant un trajet puisse trouver quelqu'un répondant à ses critères et ne se détourne pas vers un autre mode de transport.

 

Quel business model pour le covoiturage courte-distance ?

Pour atteindre cette masse critique, deux modèles s'opposent. D'un côté, on trouve les start-up les plus récentes comme Karos, Klaxit ou encore Ecov qui ont développé un modèle BtoB et démarchent les entreprises et/ou les collectivités locales. Ces start-up comptent notamment sur le projet de loi d'orientation des mobilités (LOM) et son forfait mobilité, dont le vote a été décalé à septembre 2019 au plus tôt, et la mise en place de subventions pour booster le nombre d'utilisateurs. Une approche en partie confortée par Louis-Antoine Calvy, consultant spécialiste de la mobilité chez Bartle, qui pense que "le covoiturage courte-distance est l'avenir du transport en commun notamment dans les zones moins denses".

 

Ce modèle BtoB est critiqué par BlaBlaCar qui a "une approche globale du covoiturage dans son ensemble", selon Frédéric Mazzella, président et fondateur de BlaBlaCar. Le fait de proposer des plateformes spécifiques à chaque entreprise ou chaque collectivité "empêche de passer à l'échelle et freine considérablement l'innovation", poursuit-il. Pour justifier son propos, il prend l'exemple de Google ou LinkedIn. Le géant du covoiturage a donc naturellement poursuivi cette approche globale et BtoC pour le lancement de sa plateforme de covoiturage courte-distance BlaBlaLines en 2017. Mais cela lui est aussi rendu possible car BlaBlaCar est de loin la marque leader du covoiturage longue distance en France.

 

A l'inverse, Olivier Binet pense que le positionnement BtoB de Karos "apporte de la valeur aux collectivités et aux entreprises" et qu'ils sont capables de garantir une certaine "scalabilité" de leur plateforme tout en répondant à différentes contraintes locales. Le covoiturage courte-distance est composé de marchés locaux et de bassins de mobilité, comme dans le transport public, contrairement à la longue distance qui sous-tend une logique d'hégémonie nationale. Quant à savoir si ces deux modèles antagonistes peuvent cohabiter, seul l'avenir nous le dira.
 

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1 commentaire

cochelin
18/07/2019 11h18 - cochelin

Safran est engagé avec d'autres entreprises, Aéroport Toulouse-Blagnac, Airbus, ATR, Sopra-Steria et le Club d'Entreprises Réussir, dans une expérimentation avec KAROS dans le cadre du projet COMMUTE, dont le pilote est Toulouse-Metropole. https://www.projetcommute.fr/ Cette expérimentation montre que le modèle BtoB est pertinent pour des trajets "courtes distances" dont les trajets domicile-travail représentent la part majeure. Les entreprises ont en effet besoin d'un suivi des modes de transports utilisés par leurs salariés : pour gérer les subventions transport (d'autant plus demain dans le cadre de la loi LOM), et d'ores et déjà pour inciter les salariés à changer de comportement vis à vis de leur mode de transport (l' "auto-solisme", qui représente 71% des déplacement pendulaires à ce jour - source étude Aua/T-C.E.R. Juillet 2017 est majoritairement responsable de l'engorgement de la zone aéroportuaire aux heures de pointe). Karos met à disposition des entreprises une plateforme qui offre des outils de communication et d'incitation, de suivi d'indicateurs (nombre de trajets évités, gains CO2, NO2, etc...) qui permet notamment aux entreprises de mesurer et de valoriser les gains environnementaux. Au delà de l'intelligence de son application pour l'usager, c'est dans la prise en compte du rôle de l'entreprise que réside la pertinence de son modèle.

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