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[Tribune] Pourquoi les femmes devraient-elles davantage oser travailler dans une entreprise de technologie ?

Tribune Alors que le gouvernement veut promouvoir l'emploi des femmes dans la tech, Muleine Lim, Senior Engineering Manager chez Criteo, témoigne des défis à relever pour travailler dans une entreprise du monde numérique, quand on est une femme. Très concret, son témoignage révèle les chausse-trappes et autres dangers qui attendent les femmes mais aussi les formidables potentialités qui s'ouvrent à elles si elles font le choix de cette carrière. 
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Pourquoi les femmes devraient-elles davantage oser travailler dans une entreprise de technologie ?
Une femme s'est cachée sur cette photo, saurez-vous la retrouver malgré le flou ? © Fotolia

Si vous êtes une femme et exercez votre métier au sein d’une entreprise de technologie, entourée de férus d’informatique, vous pouvez très fréquemment faire l’objet d’opinions préconçues émanant de votre entourage, aussi bien de votre cercle familial, d’amis, de la profession en général mais aussi – et c’est là l’aspect le plus complexe à gérer – de vous-même.


Pour difficile que cela soit, il est  impératif de se débarrasser de ses préjugés. Pour que la jeune génération de filles qui s’interroge actuellement sur son avenir professionnel se donne les moyens d’intégrer une filière informatique et ait suffisamment confiance en elle pour assumer ce choix, et qu’elle soit fière de travailler au sein d’un environnement qualifié jusqu’ici de "masculin", sans avoir l’impression de sacrifier sa vie privée.

 

La confiance en soi doit s’acquérir dès l’enfance

Tout le monde le sait, les filles et les garçons ne sont pas élevés de la même manière, et les préjugés inhérents à cette discrimination éducative demeurent vivaces. Typiquement, il paraît que les filles seraient timides et fragiles, et les garçons forts et intrépides. Même dans certaines cultures – dont la mienne, puisque je suis d’origine chinoise – les filles sont éduquées pour rester discrètes et donner systématiquement le meilleur d’elles-mêmes sans attendre la moindre reconnaissance, et ainsi se surpasser sans cesse.

 

Bien qu’ayant été une enfant un peu craintive, j’ai fait en sorte d’affirmer mon tempérament perfectionniste et pragmatique. J’ai réinvesti ce que mon enfance et mes origines m’ont apporté pour les transposer dans des études d’informatique. Ainsi, j’étais certaine d’évoluer dans un secteur offrant de nombreux débouchés et qui me donnerait les moyens d’être utile.

 

 

Ne vous mettez pas la pression parce que vous êtes une femme

La plupart des femmes entament leur parcours professionnel en partant du principe (consciemment ou non) qu’elles doivent prouver leur capacité à apporter autant de valeur ajoutée que les hommes à l’entreprise qui les emploie. C’était mon cas et cet enjeu était d’autant plus important que j’exerce mon activité dans un monde d’hommes, celui d’une entreprise de la tech. Mais, en réalité, personne ne demande ce genre de choses.


Alors, cessez de vous mettre la pression. D’autant que, à en juger par mon expérience, le fait de travailler avec une majorité de collègues masculins plutôt qu’avec un effectif plus diversifié ne fait aucune différence. En étudiant l’informatique et en travaillant dans une structure à la pointe de la technologie, vous savez d’emblée que vous serez une minorité de femmes ; pour autant, vous n’avez pas à vous justifier d’être là… Or, il s’agit d’un facteur qui pose un véritable problème psychologique aux femmes et les met mal à l’aise.


J’étais de celles-là : plus j’étais mal à l’aise, plus mon mal-être était manifeste pour mes collègues qui, pour certains, n’ont pas hésité à en profiter. Il se forme alors un cercle vicieux qui fait le lit du manque de confiance en soi. C’est pourtant tout le contraire : votre seule présence prouve que vous êtes aussi précieuse à l’entreprise que vos autres collègues.

 

La confiance en soi, dans le milieu professionnel, ne naît pas de la perfection, mais de l’acceptation de votre imperfection

Dans une entreprise de technologie, tout est rapide et ce secteur est en perpétuelle mutation. Alors certaines femmes ont tendance à s’interdire de relever de nouveaux défis, en particulier lorsqu’elles ont fondé une famille. En général, elles sous-estiment leurs compétences et seraient parfois prêtes à renoncer à leur carrière pour acquérir l’absolue – fausse – certitude – d’être en mesure de tout gérer. Je suis bien placée pour le savoir car lorsque j’attendais mon second enfant, le poids des responsabilités me semblait tellement énorme que j’ai décidé de redevenir développeuse.


À mon supérieur hiérarchique, j’ai expliqué qu’il me fallait un travail moins stressant, qui me permettrait de retrouver confiance en moi. Il a pris la peine de m’écouter mais, au lieu d’accéder à ma demande, m’a proposé un poste dans son équipe avec des fonctions d’encadrement. Je dois avouer m’être dit qu’il n’avait absolument rien compris jusqu’à ce qu’il me démontre, point par point, pourquoi j’étais parfaitement légitime à ce poste et me devais de l’accepter. Je jugeais sa proposition folle mais, après tout, si plusieurs personnes l’estimaient valable, je devrais plutôt les écouter davantage et ne pas nier mes qualités.

 

Si vous minorez vos compétences, cela veut dire que vous ne croyez pas en vous. Alors comment les autres peuvent-ils croire en vous, a fortiori dans un environnement concurrentiel ? Malgré tout, la confiance en soi peut être fragile. Nous ne sommes que des êtres humains. Parfois, l’incertitude et la peur de l’échec prennent le dessus.

 

La technologie occupe, de nos jours, une place très importante et exerce une influence considérable sur notre activité. Dans une entreprise comme Criteo, chaque produit évolue très vite, au même titre que chaque usage, et nous devons constamment nous adapter. J’ai la chance de faire partie d’une structure qui nous encourage à prendre des initiatives et nous confie des responsabilités. J’ai ainsi été amenée à prendre des risques et à sortir de ma zone de confort. Mais je suis également convaincue qu’il est un adage que toute personne travaillant dans ce secteur peut mettre en pratique : qui ne tente rien n’a rien. L’échec est tout simplement un moyen d’apprendre et de progresser. Et la réussite, une gratification immédiate permettant de renforcer la confiance en soi et aussi de progresser.

 

Avoir une famille n’est pas un fardeau, mais le moyen de se surpasser !

C’est probablement l’exercice le plus difficile auquel les femmes doivent se livrer. Aujourd’hui encore, en 2018, presque en 2019, il demeure compliqué pour elles d’exercer à la fois le rôle de mère et de femme active à part entière. Et ce, dès les études. En France, les filles sont même sous-représentées dans les écoles d’ingénieurs. Elles constituaient 28 % de leurs effectifs en 2016-2017, soit à peine plus qu’en 2006 . Et la raison est toujours la même : il s’agit d’études techniques longues, très exigeantes et ardues. Les garçons se sentent motivés, les filles sont sous pression.

Partant de là, lorsqu’une fille réussit ses études d’ingénieur et rejoint une entreprise de technologie en mouvement constant, elle a tendance à penser – à tort – qu’il lui serait impossible de s’occuper d’une famille. Et nous revenons ici à ma précédente observation : elle risque fort de se dévaloriser. C’est à l’évidence un cercle vicieux qui s’installe.

 

Les jeunes femmes qui débutent leur parcours professionnel doivent savoir une chose : la maternité peut les aider à être plus performantes au travail. En ce qui me concerne, elle m’a appris à dire "non" sans regrets. En agissant de la sorte, je suis certaine que les tâches les plus importantes seront traitées ; quant au reste, avec la meilleure volonté du monde, il ne dépend pas de moi. Inutile d’avoir des remords.

 

Pour certaines, un emploi à temps partiel peut être une solution permettant de mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle. J’ai fait ce choix, et ai aussitôt cessé de culpabiliser de penser au travail lorsque j’étais avec mes enfants et de penser à mes enfants au travail. J’ai appris à mieux m’organiser, et ainsi à être à 100 % avec mes enfants en dehors du bureau, et vice versa.
Aujourd’hui, mes enfants sont grands et j’ai repris à temps complet. Mais les leçons tirées de cette expérience me servent encore aujourd’hui et je relève de nouveaux défis, invitant mes enfants à faire de même, faisant ainsi preuve de cohérence dans mon rôle de mère.

 

Forgez-vous votre propre expérience, avec vos succès et vos échecs
Les femmes ne doivent pas se laisser dicter leur vie par des stéréotypes et des opinions préconçues. Choisissez votre voie et soyez convaincue que la maternité ne freinera pas votre carrière. Quoi qu’il en soit, ayez confiance en vous : c’est primordial.
Aujourd’hui, les femmes peuvent se montrer plus indulgentes envers elles-mêmes, s’en tenir aux faits et évaluer leurs qualités tout autant que leurs faiblesses ; ces modèles de courage et d’imperfection pour leurs enfants ne doivent pas non plus hésiter à sortir de leur zone de confort pour aller plus loin. En définitive, nous nous forgeons notre propre expérience avec nos succès et nos échecs. Aujourd’hui, je suis bien plus à l’aise et sereine sur ce point.

 

Muleine Lim, Senior Engineering Manager chez Criteo

 

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