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Covid-19 : La Cnil émet des doutes sur l'intérêt de la future application de pistage StopCovid

Vu ailleurs Il n'y a pas que les aspects juridiques de StopCovid qui inquiètent la Cnil. La pertinence même de la future application interroge fortement l'autorité de protection de la vie privée. Auditionnée par le Sénat, sa présidente Marie-Laure Denis se questionne sur l'adhésion des citoyens à cet outil, la fracture numérique et les zones blanches. Elle rappelle que StopCovid devra être supprimé une fois la crise sanitaire terminée.   
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Covid-19 : La Cnil émet des doutes sur l'intérêt de la future application de pistage StopCovid
Covid-19 : La Cnil émet des doutes sur l'intérêt de la future application de pistage StopCovid © Engin Akyurt-Unsplash

Le comité de suivi de la commission des lois du Sénat sur les mesures d'urgence de lutte contre le coronavirus a auditionné le 15 avril 2020 la présidente de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), rapporte Public Sénat. Marie-Laure Denis a donné un avis plutôt mitigé sur la future application "StopCovid" dont l'objectif sera d'identifier les chaines de transmission du virus.

Un consentement libre et éclairé

Premièrement, elle rappelle que les personnes ne devront pas être obligées à se servir de l'application mais consentir "de façon éclairée" à son utilisation. De plus, "le refus de télécharger l'application" ne devra en aucun cas réduire "les facultés de déplacements". Dans le cas contraire, le consentement ne sera pas considéré comme "libre". Deuxièmement, l'application doit avoir une durée de vie "temporaire" dont la fin sera l'achèvement de la crise sanitaire suite à laquelle toutes les données devront être supprimées. "Il faut être extrêmement vigilant sur ce plan. Il peut y avoir une forme de banalisation", poursuit-elle.

Mais la présidente de la Cnil va plus loin que de simples remarques légales. Elle doute fortement de l'intérêt même de l'application. Marie-Laure Denis s'interroge sur l'adhésion que va susciter StopCovid car l'outil ne sera efficace que si un grand nombre de personnes acceptera de l'utiliser. A ce sujet, elle cite une étude de l'université d'Oxford affirmant qu'il faudrait "qu'une application de ce type couvre 60 % de la population pour être efficace". Mais la présidente de la Cnil regrette que les chercheurs n'aient pas pris en compte "la combinaison avec la réponse sanitaire : gestes barrières, plus de tests, plus de masques". Cet argument a été démontré dans les faits avec certains pays asiatiques, comme Taïwan, qui ont réussi à endiguer la pandémie en combinant pistage et dépistage massif de la population.

Attention au "solutionisme technologique"

La présidente appelle à "la vigilance sur le solutionisme technologique". "Ce n’est qu’un des éléments d’une réponse qui doit être plus globale. Il faut pouvoir tester de façon massive, note Marie-Laure Denis et ajoute, ce serait dangereux de penser qu’une application de ce type pourrait tout résoudre".

Autre problème : la question des personnes asymptomatiques. Comment les prendre en compte dans l'application ? En effet, il faudrait avoir recours à des tests sérologiques qui détectent les anticorps dans le sang pour les comptabiliser dans la future application. Or la France n'a pas l'air de se concentrer sur cette option. Lors de son allocution télévisée le 14 avril 2020, le président de la République Emmanuel Macron a juste mentionné les tests "PCR" (dépistage) qui seront pleinement déployés d'ici au 11 mai 2020, date espéré du début du déconfinement.

Quid des zones blanches ?

De plus, la représentante de l'autorité protectrice de la vie privée s'inquiète : 25 % des Français n'ont pas de smartphone et ne seront donc d'emblée écarter de la surveillance. Un chiffre qui grimpe à 44 % chez les plus de 70 ans. Elle se pose également la question de "la compétence numérique". Il faut avoir "la capacité à télécharger une application" et la faire fonctionner correctement. Les "zones blanches" – zone d'un territoire non desservi par un réseau – inquiètent également la présidente.

A noter que le fonctionnement de StopCovid est encore très flou. Le gouvernement ne donne aucune date de déploiement. A ce sujet, le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O déclarait que "je ne peux pas vous dire s’il nous faudra trois ou six semaines pour le développer (…) Nous ne déciderons que plus tard de l’opportunité de déployer ou non une telle application". Actuellement, un consortium de chercheurs piloté par Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) travaille sur un prototype. Pour l'instant, l'objectif est de "franchir certaines barrières technologiques" car "le Bluetooth n’a pas été prévu pour mesurer des distances entre les personnes", explique le secrétaire d'Etat.

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