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Modulaires, partagés... pour Rolls-Royce, les navires du futur ne seront pas qu'autonomes

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Rolls-Royce a présenté à Paris sa vision du futur de l'industrie navale. La révolution attendue du navire autonome va avoir des conséquences profondes sur l'organisation du travail et le business model des industriels du secteur.

Modulaires, partagés... pour Rolls-Royce, les navires du futur ne seront pas qu'autonomes
Modulaires, partagés... pour Rolls-Royce, les navires du futur ne seront pas qu'autonomes © Rolls Royce

Le navire autonome ou piloté à distance ? Une formalité ou presque, à en croire Rolls-Royce, dont le responsable innovation de l'activité Marine, Oskar Levander, était de passage à Paris le 18 octobre 2017. Le fabricant de moteurs pour avions et navires (qui produit aussi des systèmes de contrôle pour centrales nucléaires, y compris en France) voit des navires contrôlés à distance arriver sur le marché avant 2020, et des navires automatisés après 2025.

 

Oskar Levander ne s'est guère étendu sur les défis techniques à relever pour faire naviguer des navires sans humain à bord, se contentant de diffuser de très belles vidéos concept façon Star Trek. Tout juste a-t-il admis qu'il restait de nombreux obstacles réglementaires à franchir.


Le Monsieur innovation de l'activité navire de la vénérable marque anglaise préfère se concentrer sur les potentialités créées par l'avènement de l'automatisation : l'ère de la "ship intelligence". Rolls-Royce se projette d'autant plus facilement dans cette révolution à venir que son business actuel est très affecté par la baisse du prix du pétrole, les groupes pétroliers étant des clients de poids de la filière maritime. C'est donc le bon moment pour se réinventer, et Rolls-Royce ne manque pas d'idées.

 

Des navires "modulaires"...

Pour Oskar Levander, créer des navires nécessitant une équipe à bord extrêmement réduite va permettre de redessiner entièrement les navires. "La plupart des équipements actuels sont dédiés au personnel de bord ; l'espace dégagé va permettre d'optimiser le design des navires", avance-t-il.  Rolls-Royce voit émerger des porte-conteneurs modulaires façon Lego dont les différentes parties pourront s'adapter à la demande. Des modules de propulsion supplémentaires (carburant, gaz naturel liquéfié...) pourront être ajoutés en fonction des besoins, à chaque escale. L'intégration à la supply chain sera plus poussée grâce à l'Internet des objets.

 

"Nous pensons que l'automatisation et le nouveau design peuvent contribuer à faire baisser les coûts de 20%. Et cela n'est pas dû seulement au fait qu'on n'a plus besoin de personnel de bord. Le navire, délesté des équipements destinés aux humains, sera plus léger ; sans pont fonctionnel, son aérodynamique pourra être améliorée, sa vitesse gérée plus efficacement grâce à la "ship intelligence"…" détaille-t-il. "On aboutira à 10 à 15% d'économie de carburant". Ces navires pilotés à distance ou opérant de façon autonome ne coûteront pas plus cher à l'achat, promet Oskar Levander. "Il y aura 4 millions de dollars de capteurs, caméras et outils de transmission en plus, mais environ 5 millions de dollars d'équipement de bord rendus inutiles enlevés". 

 

A la demande...

Mais faudra-t-il encore parler d' "achat" de navires quand les bateaux autonomes seront disponibles ? Pour Oskar Levander, la modification des structures de coûts, le passage à une gestion "connectée" des actifs (grâce à l'IoT, au big data)  vont entraîner un changement de business model général. Ces navires seront davantage loués et consommés à l'usage qu'achetés. Le maritime va suivre le même mouvement que l'aéronautique, anticipe Rolls-Royce. "Nous avons beaucoup à apprendre des autres industries, notamment les compagnies aériennes à bas coût", affirme le VP Innovation. "Une flotte d'avions standardisée et moderne, une organisation optimisée (large taux d'utilisation du matériel, temps d'escale raccourci… cela a créé une référence qui a fait bouger tous les acteurs de l'industrie".

 

et Partagés

Qui captera la valeur dans ce nouveau  paysage ? Aujourd'hui constructeur de moteurs et fournisseur de services, Rolls-Royce se voit devenir intégrateur de systèmes autonomes. Mais il ne doute pas que de nouveaux acteurs vont émerger et préempter certains maillons de la chaine de valeur. De nouveaux intermédiaires vont apparaître, d'autres vont disparaître (les "brokers" d'aujourd'hui, dont beaucoup travaillent encore au téléphone et au fax), selon le désormais classique mouvement désintermédiation / réintermédiation.

"Le fait d'avoir une flotte standardisée intégrée à une supply chain connectée va ouvrir la voie à des marketplaces en ligne", prédit Oskar Levander. On pourra donc louer de la capacité de transport selon un prix correspondant à l'état de l'offre et de la demande à un instant T. C'est  la logique du "surge pricing" à la Uber ou du "yield management" cher à l'aéronautique qui arrive dans le maritime. De la marine à la demande mais sans marins... en tout cas pas en mer : c'est l'avenir (lointain) imaginé par Rolls-Royce.
 

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