Pour Margrethe Vestager, le marché du cloud ne soulève pas de préoccupation anticoncurrentielle

Le marché du cloud ne soulève pas de préoccupation anticoncurrentielle, juge la commissaire Margrethe Vestager. La présence de Gaia-X permet de conserver une alternative crédible face aux offres des géants américains, AWS, Azure et Google Cloud. 

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Pour Margrethe Vestager, le marché du cloud ne soulève pas de préoccupation anticoncurrentielle

La commissaire européenne à la concurrence Margrethe Vestager juge que le marché du cloud computing ne soulève actuellement aucune inquiétude anticoncurrentielle. Pour justifier sa position, elle cite l'existence de l'association Gaia-X – un projet visant à développer des clouds souverains par secteur – qui aurait la capacité de stimuler suffisamment la concurrence et constituerait une alternative crédible.

Concurrencer AWS et Azure
"Je considère fondamentalement que c'est pro-concurrentiel lorsque que vous pouvez montrer aux clients potentiels qu'il existe plus de deux géants où vous pouvez placer votre entreprise", a-t-elle expliqué à Reuters lors d'une interview. Ces deux géants sont Amazon Web Services (AWS) et Microsoft Azure. D'après une étude de Synergy Research Group publié en septembre, AWS, Azure et Google Cloud captent à eux seuls 69% du marché européen. Ils y investissent également massivement : plus de 14 milliards d'euros d'investissements au cours des quatre derniers trimestres. Le but : mettre à niveau et étendre leur réseau de data centers hyperscale.

Les acteurs européens sont loin derrière. Deutsche Telecom fait la course en tête avec 2% des parts de marché, suivi par des entreprises comme OVHcloud et Orange. Ces derniers se montrent d'ailleurs inquiets de la place prise par les sociétés américaines. Plusieurs plaintes antitrust ont été déposées devant la Commission européenne par OVHcloud et la Coalition for a Level Playing Field contre Microsoft. Ils l'accusent de favoriser ses propres services en limitant le choix des consommateurs sur le marché des services de cloud computing.

Gaia-X, une alternative véritablement crédible ?
Au sujet du poids de Gaia-X, le doute est permis. En effet, cette structure avance lentement malgré de fortes ambitions. Lors de la quatrième plénière du Hub France, les membres ont fait un point sur l'avancement des travaux pour chacun des secteurs. L'automobile, avec Catena-X, ainsi que l'agriculture et l'agroalimentaire sont les projets les plus avancés, rapporte LeMagIT. Pour l'éducation ou l'énergie, c'est plus lent.

De plus, les grandes entreprises de cloud ne sont pas absentes du projet. Parmi les plus de 300 membres de Gaia-X, on retrouve Salesforce, Palantir, Oracle, Palo Alto, Microsoft, Amazon ou encore Google. Elles n'ont pas en revanche pas le droit de siéger au conseil d'administration de l'association. Ce qui ne les empêche pas de participer aux réunions et d'y mettre leur grain de sel, comme le racontait Arnaud de Bermingham, président et fondateur de Scaleway, justifiant sa décision de ne pas renouveler son adhésion à Gaia-X.

Il dénonçait "une complexité induite par les acteurs dominants en vue de faire en sorte que l'initiative soit la plus lente possible et de protéger leurs propres intérêts". Or, en la matière, le temps est précieux : "la vitesse de Gaia-X n'est pas la vitesse du marché du cloud qui représentera d'ici deux ans plus de 300 milliards de dollars".

Les risques juridiques s'amoindrissent
La présence d'entreprises américaines soulevait également des préoccupations juridiques. En effet, en invalidant le Privacy Shield, la Cour de justice de l'Union européenne a remis en cause la légalité des flux de données personnelles vers les Etats-Unis. En application de cette décision historique, le recours à Google Analytics a été déclaré illégal par plusieurs autorités, dont la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).

Alors qu'un nouvel accord semblait impossible puisqu'il nécessitait un changement drastique de la législation américaine, la Commission européenne a annoncé avoir trouvé "un accord de principe" sur un nouveau cadre. Son contenu n'a pas encore été publié.

La même semaine, le Parlement et le Etats membres de l'UE sont parvenus à un accord sur le Digital Markets Act (DMA). Visant à rétablir une concurrence équitable, ce texte prévoit des obligations strictes pour les gatekeepers (un acteur capable d'empêcher l'accès au marché ou un écosystème à d'autres entreprises). Les services de cloud computing sont concernés, ce qui pourrait rebattre les cartes en laissant plus de place aux acteurs européens à condition qu'ils s'en saisissent.

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