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Tesla restreint le partage de ses futurs véhicules 100% autonomes, et cela pose trois questions

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Analyse Dans les conditions d'utilisation de ses futurs véhicules 100% autonomes, Tesla précise qu'il sera interdit de "gagner de l'argent" avec son véhicule. Autrement dit, impossible d'utiliser sa Tesla comme VTC autonome hors du futur "réseau Tesla". Une limitation qui pose question.

Tesla restreint le partage de ses futurs véhicules 100% autonomes, et cela pose trois questions
Tesla restreint le partage de ses futurs véhicules 100% autonomes, et cela pose trois questions © Tesla

Si vous aviez l'intention d'embaucher votre future Tesla 100% autonome comme service de VTC automatique à temps partiel, attention. La marque américaine prévient, dans la brochure d'information sur son Autopilot, qu'on ne pourra pas utiliser l'un de ses véhicules pour gagner de l'argent, en dehors du futur réseau construit par la marque américaine. Vous pourrez uniquement vous faire conduire ou faire transporter vos proches.

 

"Prenez note qu'utiliser une Tesla autonome pour des partages et trajets sans conducteur avec des amis et votre famille est permis, mais qu'une utilisation visant à générer des revenus ne sera possible que sur le réseau Tesla, dont les détails seront révélés l'année prochaine", précise le constructeur sur son site web.

 

Trois lignes qui suscitent trois questions.

 

1 - que veut dire  "gagner de l'argent avec sa voiture" ?

Eternelle question, qui agite les débats en France et partout dans le monde. Quelle est la limite du strict "partage de frais" à la Blablacar, et comment peut-on la mesurer pour un véhicule électrique sans conducteur ? A partir de quand "gagne-t-on de l'argent" ? Peu importe finalement, puisque Tesla ne vise pas la vraie économie entre particuliers, le covoiturage pur et dur. Et de toute façon les possesseurs de berlines de luxe électriques de la marque seraient sans doute peu enclins à réellement partager leur véhicule... Les voitures de ce segment sont rares sur les plates-formes comme Blablacar.

 

Non, ici, ce sont plutôt les réseaux de taxis et VTC sans chauffeurs, les Uber, Lyft, AlloCab et les autres, que vise Tesla. La marque ne veut pas voir ses véhicules travailler pour des réseaux concurrents lorsqu'ils ne sont pas utilisés par leurs propriétaires ou leur cercle proche (lorsque le véhicule est garé en bas du bureau durant la journée de travail, par exemple). Etrange limitation qui fait que le propriétaire de Tesla ne le sera pas totalement, puisque l'utilisation de son bien sera par nature limitée. Les propriétaires de berlines vont-ils accepter qu'on leur dise quoi faire, ou ne pas faire, de leur acquisition ?

 

On peut également se demander si la règle édictée pour ses clients grand public s'appliquera aussi aux "chauffeurs" pros. Le terme chauffeur est d'ailleurs impropre, puisqu'ils ne conduiront pas, et la notion même de propriété devra être reconsidérée. On est là dans un flou total, ce que ne nie pas Tesla, qui précise que les fonctions 100% autonomes sont encore dépendantes de l'avancée des logiciels et des réglementations locales.


2 - Comment Tesla va-t-il faire respecter les règles ?

Tesla a-t-il réellement le pouvoir de maintenir ses clients dans un écosystème fermé ? Tous les constructeurs rêvent de ne plus être désintermédiés, (y compris le nouveau venu Lynk&Co), comprenant bien que la valeur réside aujourd'hui dans les services et plus dans le hardware. Mais ils butent sur une réalité : le partage est lié au smartphone de l'utilisateur et pas seulement au véhicule. Il peut tout à fait s'organiser tout seul, et court-circuiter le constructeur en passant outre ses directives et en adoptant une application mobile tierce.

 

Tesla pourrait bien sûr jouer les gendarmes et vérifier l'utilisation réelle de ses véhicules : il dispose déjà de toutes les données nécessaires pour cela. Mais veut-il vraiment faire la guerre à ses propres clients ? L'entreprise, qui a bâti sa renommée sur une politique open source et partagé une partie de ses brevets, n'a pas vraiment intérêt à basculer vers un modèle plus fermé aux yeux du grand public.

 

Les pouvoirs publics vont aussi jouer un rôle dans ce jeu de désintermédiation / réintermédiation. Ne serait-ce que pour assurer une concurrence équitable entre acteurs. Ils pourront aussi avancer des arguments liés à la sécurité routière pour réglementer le partage de véhicules autonomes. Tesla devra s'adapter à ces règles-là, et pas seulement imposer les siennes.


3 - C'est quoi le "réseau Tesla" ?

C'est la première fois que la marque mentionne un projet de "Tesla Network" (réseau Tesla). Jusqu'ici, le seul réseau connu de constructeur était celui de ses superchargeurs, partout dans le monde.


Derrière ce terme, se cache un projet de plate-forme d'autopartage, qui pourrait être limitée à sa communauté de clients. La marque donnera plus de détails sur ce programme en 2017, mais Elon Musk avait déjà esquissé les contours du nouveau Tesla plus tôt cette année. "Vous pourrez ajouter votre Tesla à la flotte partagée de la marque juste en appuyant sur un bouton sur l'application mobile Tesla, et ainsi générer du revenu lorsque vous travaillerez ou partirez en vacances, jusqu'à atteindre ou dépasser le coût de votre prêt ou de votre bail", écrivait Elon Musk dans la deuxième partie de son "Master Plan". "Cela abaissera les coûts d'acquisition du véhicule, à tel point que tout le monde pourra s'offrir une Tesla [...] Dans les villes où la demande excède l'offre, Tesla fera fonctionner sa propre flotte, pour s'assurer que vous puissiez toujours disposer d'une solution pour vos trajets où que vous soyez".

 

Tesla souhaite contrôler l'expérience de ses clients de bout en bout, ce qui a du sens pour assurer une qualité de service optimale (et garder les revenus chez lui). Cela ressemble à un réflexe de constructeur automobile à l'ancienne, et non pas au positionnement de "disrupteur" qu'Elon Musk revendique. La start-up donne l'impression d'avoir peur de la concurrence, un comble ! Pas sûr que cette stratégie soit gagnante au final : le constructeur devrait plutôt s'employer à  convaincre le public par sa supériorité technologique et par la qualité du service offert. Les véhicules totalement autonomes n'étant pas attendus avant plusieurs années, Il aura tout le loisir de corriger le tir.

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

3 commentaires

Alain

25/10/2016 11h04 - Alain

J'adore le raisonnement ! "vous pourrez générer du revenu... jusqu'à atteindre le coût de votre prêt. Et tout le monde pourra se payer une Tesla". Mais si tout le monde a sa voiture, qui aura encore besoin de covoiturage ? C'est un beau serpent qui se mord la queue, connu également (et défavorablement) sous le nom de Pyramide de Ponzi. Bravo Tesla...

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Kevin

24/10/2016 17h09 - Kevin

OK... ça voudrait dire que Uber a l'intention d'acheter 500.000 tesla uniquement pour le jolie look de cette voiture ? Je comprends la stratégie, par contre je ne comprend pas qu'on puisse encore parler d'un tel contrat entre Uber et Tesla si ce dernier applique sa nouvelle orientation.

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Haezebrouck

25/10/2016 08h23 - Haezebrouck

J'avais également noté l'information. Cela voudrait dire que Uber = futur Réseau Tesla ? Rachat envisagé ?

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