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Une société collaborative peut-elle naître de l’économie du partage ?

Le collectif Ouishare veut le croire. De l’économie du partage, née avec Internet, peut émerger une société collaborative, où l’homme ne serait pas un loup pour l’homme et qui serait propice à la distribution de la valeur et du pouvoir. C’est du moins la thèse de leur ouvrage collectif, "Société collaborative, la fin des hiérarchies", publié par Rue de l’échiquier. Lecture critique.
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Une société collaborative peut-elle naître de l’économie du partage ?
Une société collaborative peut-elle naître de l’économie du partage ?

L’homme ne naît pas un loup pour l’homme. Pas plus qu’il ne naît homo economicus. L’esprit de compétition et de conquête n’est pas inné. Il est culturel. Et si l’on grandit dans une société où la valeur partage est centrale, un autre monde est possible. C’est en résumé la thèse que veut défendre le manifeste du collectif OuiShare, "Société collaborative, la fin des hiérarchies", publié par Rue de l’échiquier. Et pour le démontrer, les neuf auteurs, sous la direction de Diana Filippova, passent en revue les initiatives collaboratives éparses - et principalement occidentales - et leur impact possible dans cinq domaines clé de nos sociétés : le travail, l’éducation, les organisations, l’environnement et la production.

"Internet remet la collaboration au goût du jour. […] C’est bien la multitude qui constitue le poumon de l’économie. Reste à inventer une société adaptée à ce nouvel âge", écrit Arthur de Grave, dans le premier chapitre titré " la fin des Leviathans", qui fait presque figure de préface. Et où il prévient que "le lecteur […] trouvera surtout l’amorce de ce que pourrait être une société fondée sur la coopération. Le modèle hérité des révolutions industrielles est encore largement dominant. Mais les fissures qui le traversent sont de plus en plus apparentes."

un point de vue éliste

Mais l’observation ne fait pas l’analyse. Et même si les auteurs tentent de faire preuve du maximum d’objectivité, leur point de vue reste intellectuel, voire élitiste. Et pour cause. Le collectif OuiShare est composé de jeunes diplômées de grandes écoles françaises déçus par le marché du travail, et qui ont trouvé dans ce projet de think tank international sur l’économie collaborative, un travail et une (tentative) d’organisation horizontale plus satisfaisants que ce que leur proposaient les grandes entreprises.

"C’est désormais hors du monde salarié que s’effectue la recherche d’un travail plus adapté à l’état de nos technologies et de nos désirs", avance Diana Filippova dès l’introduction du chapitre "Splendeurs et misères des nouvelles formes de travail". Mais est-ce vraiment le sentiment général ? Et quand elle observe que "le travail indépendant gagne du terrain au détriment de l’emploi salarié", est-ce voulu ou subi ? Diana Filippova reste néanmoins lucide. Elle reconnait que si le "Jobout" (l’abandon volontaire d’un emploi stable au profit de projets autonomes et porteurs de sens) qu’elle évoque, reste "une démarche personnelle, c’est moins le cas du travail à la demande", de plus en plus imposé par les plates-formes numériques.

Selon elle, nous sérions quand même à un moment charnière entre l’émergence "d’une société de travailleurs autonomes et indépendants avec un revenu et protection sociale décents" et une "fragmentation du travail qui donnerait aux détenteurs du capital et aux plateformes un pouvoir de négociation démesuré." Et même si elle évoque les mouvements de syndication de ces nouveaux freelances, on peine à percevoir quel modèle de société Diana Filippova souhaite voir émerger et surtout à quoi il pourrait ressembler.

Une question  politique

Même constat pour les autres domaines. Dans leur chapitre "L’éducation au XXIe siècle : l’âge de ‘l’encapacitation’", Marc-Arthur Gauthery et Maeva Tordo avancent bien l’idée originale d’une université à laquelle on pourrait être abonné comme à la bibliothèque de quartier, mais ils peinent à sortir du monde des grandes écoles et de l’enseignement supérieur. Et l’idée que c’est dès l’école qu’il faudrait éduquer à la collaboration est désespérément absente. Cette notion de diffusion des projets peer to peer dans le public scolaire n’est évoquée que... dans la conclusion du chapitre lié à l’environnement !

Pour autant, cet ouvrage fourmille d’exemples d’initiatives collaboratives, que ce soit en production de connaissances et de biens (open source et open hardware) ou en tentatives d’auto-organisation cassant les hiérarchies pour libérer les créativités et l’autonomie. Mais jamais ne se dessine ce schéma de société annoncé.

Au mieux comprend-on que, comme dans le cas du programme FabCity de Barcelone, sans volonté politique forte fixant des objectifs clairs – en l’occurrence, pour la capitale Catalane, atteindre d’ici à 2050 une production locale pour 100% de la demande énergétique, de 50% des besoins alimentaires et 50% des biens de consommations –, cette société collaborative n’arrivera pas à émerger. Ce manifeste – qui n’en est finalement pas un comme le reconnaissent les auteurs eux-mêmes – donnera néanmoins aux politiques, qui prendront la peine de le lire, matière à aculturation et à réflexion.

Aurélie Barbaux

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

philippe aubert
08/07/2015 20h05 - philippe aubert

il y a contradiction entre economie liberale et société collaborative. Mais j'émets 2 postulats : la croissance est une notion du passé. donc l'économie libérale ne peut plus à moyen terme exister en tant que telle Il emergera donc une autre "économie" plus participative : les jobs sans qualification ou d'encadrement ne seront plus ( ou presque plus) et il faudra bien reconsiderer les moyens d'existence ( physique et moral) de ces personnes. ET là, il faudra bien exhumer la société collaborative car la "société du profit" ne pourra plus remplir son role moteur. Autrement nous vivrions dans une société hautement injuste et donc dangereuse. Nous sommes condamnés à mettre de coté nos égoismes. Dur dur ...

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