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"Mon passage par Y Combinator a multiplié tous mes chiffres par 5", explique Bruno Didier, PDG de Trackin

Pour Bruno Didier, PDG et fondateur de la start-up Trackin, son passage dans l'incubateur américain Y Combinator a tout changé. Lancée en 2014 dans la Silicon Valley, avec une antenne de trois personnes à Lyon, sa start-up a développé une solution de suivi en temps réel des livreurs destinée au marché de la restauration. Trackin avait aussi remporté le concours 101 projets lancé par Xavier Niel, Marc Simoncini et Marc-Antoine Granjon.

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Mon passage par Y Combinator a multiplié tous mes chiffres par 5, explique Bruno Didier, PDG de Trackin
Bruno Didier, PDG de Trackin © Trackin

Usine Digitale : Quel intérêt pour les restaurants d'utiliser une solution comme Trackin?

 

Bruno Didier : Si demain vous ouvrez un restaurant dans une ville que vous ne connaissez pas et que vous voulez lancer un service de livraison, vous pouvez le faire du jour au lendemain avec Trackin. Nous avons mis en place toutes les options qui permettent de faire tomber les barrières à l'entrée pour gérer son service de livraison soi-même. Lorsqu'un client passe une commande en ligne, nous déterminons automatiquement selon son emplacement géographique si le restaurant peut livrer dans cet endroit. Nous automatisons ce processus alors que beaucoup de restaurants utilisent encore une carte physique accrochée au mur. Et la seule technologie qu'ils utilisent est Google Maps. Ensuite, nous acceptons le paiement et  suivons le livreur - la plupart du temps ceux des restaurant - en temps réel.

 

Comment vous situez-vous par rapport au business model de Postmates qui fait de tout particulier un livreur sur le modèle d'Uber ?

 

Nous sommes focalisés sur la livraison de nourriture et on se repose sur les flottes de livreurs existantes. De nombreux acteurs font déjà du bon travail pour fournir des flottes, comme Doordash, Postmates, UberEats à New York, etc. Nous avons la technologie pour le faire par nous-mêmes, mais je préfère être un agrégateur et utiliser leur technologie plutôt que de les concurrencer.

 

Notre but est de multiplier les canaux de distribution, et d'être vendu via des systèmes POS (logiciels pour points de vente). Nous intégrons déjà des sites de commande en ligne comme Grubhub ou JustEat sur notre plateforme. Nous nous intégrons aussi désormais avec des systèmes POS comme Kounta. Ikentoo et Clover sont en cours d'intégration. 

 

En effet, les systèmes POS essayent maintenant de devenir des places de marché, comme l'Apple Store. Ils veulent gérer la comptabilité et les ressources humaines du restaurant, mais ils cherchent aussi à s'intégrer avec des extensions comme la nôtre, afin de donner accès aux restaurants à toutes ces solutions dans un seul endroit. Certains systèmes POS le font déjà. Le futur de leur business modèle repose sur l'organisation de la collaboration entre tous les acteurs de la restauration. Le système POS en marketplace répond à ce besoin, et permet aux acteurs extérieurs comme nous de pénétrer le marché et de s'intégrer au cœur du restaurant. Avec ce modèle, on est tous gagnants.

 

Actuellement, le système de commande en ligne et le système POS ne se parlent pas. Certains clients nous disent même que si nous ne sommes pas intégrés dans un système POS, ils ne pourront pas nous utiliser. Il faut que nous soyons les pionniers de ce marché, et nous sommes au bon endroit pour le faire dans la Silicon Valley.

 

Comment vous différenciez-vous de la concurrence, alors que le marché de la livraison est en plein essor?

 

Notre technologie s’occupe de tout pour le restaurateur : la commande en ligne, la logistique, mais aussi  la relation client et  la promotion. En effet, en France, un resto-in gère la livraison pour le restaurant, mais du coup celui-ci n'existe pas vraiment lors de la transaction avec le client. Comme Doordash (Doordash a le vent en poupe dans la Silicon Valley, et automatise les livraisons pour les restaurants, ndlr) aux Etats-Unis, qui fait sa propre promotion et cannibalise la visibilité du restaurant et la relation avec les clients.

 

Le restaurant n'a plus de contact avec la personne qui passe la commande. Nous lui rendons cette capacité de promotion et nous l'automatisons, car les restaurateurs n'ont ni le temps ni forcément le savoir-faire. Nous incitons les gens à noter les livraisons et les restaurants sur les réseaux sociaux comme Yelp et Google+. Les clients peuvent suivre en temps réel leur livraison, et nous les invitons à aimer sur Facebook et à twitter pendant l'attente. Nous automatisons le volet marketing.

 

Quel est votre business model?

 

Nous prenons 5% par commande en ligne, et 30 centimes par livraison. Ce n'est pas cher, mais c'est le prix du marché. Les restaurateurs ont des petites marges, et nous visons les gros volumes. Le but est de laisser les entreprises grandir avec nous et les aider à grossir, en ne les pénalisant pas au démarrage avec trop de frais. Notre croissance est rapide, nous sommes passés de 500 à 5000 livraisons en 4 mois, de septembre à décembre 2014. Aujourd'hui nous sommes à 25 000 livraisons par mois. La meilleure cible pour nous étant la chaîne qui compte plusieurs dizaines voire centaines de restaurants, qui veut développer son image de marque, et gérer sa relation client sur le long terme.

 

Quelle a été votre expérience personnelle au sein l'accélérateur Y Combinator, très réputé aux États-Unis?

 

Le programme a duré trois mois, de janvier à fin mars 2014. Y Combinator, c'est une deadline et un moteur. À la fin du troisième mois tu dois montrer tes résultats aux plus gros investisseurs. C'est la première source de motivation, de ne pas passer pour un imbécile. Les autres start-up du programme étaient aussi une source d'entraide et d'inspiration, car nous sommes tous en compétition mine de rien.

 

Concrètement, mon passage par Y Combinator a multiplié tous mes chiffres par 5. Trackin s'est ouvert à une dizaine de pays dans le monde, et nous sommes passés du statut d'inconnus à l'une des trois start-ups les plus citées sur le marché de la livraison de nourriture. Grâce à Y Combinator, j'ai noué des amitiés solides car les autres start-up deviennent plus ou moins votre famille. Surtout, j'ai eu accès au meilleur réseau du monde, Airbnb, Dropbox.... Nous avons un accès direct à toutes les grosses entreprises de la Silicon Valley.

 

Quels conseils donneriez-vous à d'autres entrepreneurs français?

 

En octobre 2010 je suis parti en Californie car je voulais quitter la France, je ne m'y retrouvais pas. J'ai d'abord visé l'Australie mais j'ai atterri en Californie lors de ma dernière année d'école. San Francisco, a été la révolution pour moi. J'étais entouré de gens qui voulaient changer les choses.

 

Je conseillerais avant tout aux entrepreneurs français de voir grand et ne pas lâcher prise. Il ne faut pas nécessairement partir comme je l'ai fait. Mais dans la Silicon Valley quand on crée une entreprise, c'est dans le but qu'elle devienne une multinationale. On pense global et marché mondial, point final.

 

Ça me fait plaisir quand je vois des start-up françaises qui pensent mondial et qui ne visent pas seulement le marché français. Il faut faire évoluer les mentalités dans le monde de l'entrepreneuriat. Par exemple, les employés en France ne savent pas vraiment encore ce que sont les stock options, et que cela fait partie des avantages que les start-up peuvent offrir.

 

Mais après tout, mon entreprise compte une antenne en France, et c'est de là que l'on développera un pôle européen. La France m'a beaucoup aidé au démarrage. Dans la Silicon Valley tout va plus vite, donc c'est plus facile de commencer à San Francisco pour créer une entreprise mondiale, mais ce n'est pas impossible depuis la France. C'est juste moins rapide.

 

Qui est Bruno Didier?

Bruno Didier, 29 ans et diplômé de Supinfo, a vécu à Lyon avant de partir pour la Californie en 2010 lors de sa dernière année d'études. À San Francisco il a co-fondé Jobyra, une start-up spécialisée dans l'e-recrutement, avant de rejoindre Cater2.me, une plateforme de livraison de repas pour start-up, en tant que directeur technique. Fin 2012, il retourne en France et développe le projet Trackin, qui est retenu par l'incubateur Y Combinator en 2014. Il  s'est définitivement installé dans la Silicon Valley en 2014 à sa sortie de l'incubateur pour poursuivre l'aventure Trackin.

 

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