Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

[MWC 2018] HTC mise tout sur la réalité virtuelle (et augmentée) et en particulier le Vive Focus

Analyse Le Mobile World Congress 2018 a marqué un tournant décisif pour HTC. Le constructeur taïwanais y a entériné son pivot vers la réalité virtuelle et augmentée, les smartphones se voyant relégués au rang de business secondaire. Une transition financièrement difficile, et dont la réussite à moyen terme est tout sauf certaine. Son succès dépendra de la capacité de HTC à imposer son écosystème face à ceux des géants américains, ainsi que de la croissance de ce jeune marché. L'atout sur lequel mise l'entreprise est son casque tout-en-un, le Vive Focus.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

HTC mise tout sur la réalité virtuelle (et augmentée) et en particulier le Vive Focus
[MWC 2018] HTC mise tout sur la réalité virtuelle (et augmentée) et en particulier le Vive Focus © Julien Bergounhoux

Cher Wang, la présidente et fondatrice du constructeur taïwanais HTC, a tenu une petite keynote le 26 février, jour d’ouverture du Mobile World Congress 2018. Elle y a présenté sa vision d’un futur dans lequel la réalité virtuelle et la réalité augmentée convergeront avec la 5G et l’intelligence artificielle pour créer un nouveau paradigme technologique. Elle le nomme "Vive Reality".

 

D’après elle, la 5G permettra d’appliquer la puissance du cloud aux casques de réalité virtuelle ou augmentée, décuplant leurs capacités (à la fois en matière de puissance de calcul et de stockage) tout en diminuant leur consommation énergétique. Elle les décrit comme une évolution du smartphone, comme la nouvelle forme que prendra celui-ci lorsque suffisamment de barrières technologiques auront été abattues. Et elle les voit comme la meilleure interface avec les assistants intelligents du futur.

 

Une sortie inéluctable du marché des smartphones

Derrière cette grande vision se cache une réalité très terre à terre pour HTC : sa sortie du marché des smartphones après un lent déclin et des années de pertes financières. L’entreprise a engagé la manœuvre en vendant 70% de sa division R&D à Google l’année dernière pour 1,1 milliard de dollars. Toutes ces équipes travaillaient sur les smartphones, notamment la gamme Pixel que concevait HTC pour Google. Le dernier développement en date est la démission il y a deux semaines du président de la division smartphones, Chialin Chang, suite à laquelle HTC a choisi de répartir la charge "smartphones" auprès des exécutifs qui dirigeaient jusqu’ici la partie VR. Un rapport de Digital Trends fait par ailleurs état de licenciements sur la région nord-américaine impactant entre 35 et 100 personnes.

Le Taïwanais va sortir quelques nouveaux smartphones cette année, mais il semble peu probable qu’il continue cette activité au-delà de 2020. "Nous pensons que HTC a prévu un nouveau smartphone haut de gamme pour 2019, déclare Mia Huang, analyste chez Trendforce. Pour autant, la continuité de cette activité dépendra avant tout de l’état du marché. Ils ont une rude bataille devant eux." L’un des intérêts de conserver cette activité encore un temps est l’expertise qu’elle implique en matière de connectivité. Elle sera plus que précieuse pour apporter les bénéfices de la 5G à ses futurs casques immersifs.

 

La réalité virtuelle, un marché encore immature

Pour survivre sans les smartphones, HTC mise tout sur Vive, sa business unit dédiée à la réalité virtuelle. Un pivot qui ne s’est pas fait sans casse, l’entreprise devant nécessairement revenir à une échelle plus modeste qui correspond à la jeunesse du marché de la VR par rapport à l’énorme marché des smartphones. "HTC a misé toutes ses ressources sur le marché de la réalité virtuelle, mais ce business ne génère pas assez de revenus pour leur permettre de continuer à opérer à leur échelle actuelle, commente Jason Tsai, analyste chez Trendforce. C’est pourquoi ils ont vendu d’autres business units et ont procédé à des licenciements."

C’est le grand pari sur lequel le sort de HTC va se jouer. Le constructeur doit absolument retrouver des résultats positifs après plusieurs années de pertes financières. Mais le marché de la VR est encore trop jeune pour nourrir le HTC de la grande époque. L’entreprise doit donc tenir bon jusqu’à la maturation du marché. "Il y a des opportunités lucratives, mais les entreprises doivent avoir à la fois un bon produit hardware ainsi que du contenu attractif. Il faut donc continuellement investir dans ces deux domaines pour assurer une croissance continue," explique Jason Tsai de Trendforce.

 

Guerre d'écosystèmes

HTC ne néglige pas la réalité augmentée

 

Et la réalité augmentée dans tout ça ? HTC ne commercialise aucun produit de ce type à l’heure actuelle, mais Cher Wang ne la mentionne pas sans raison. Interrogé sur le sujet, Daniel O’Brien répond sans ambages : "Ce n’est pas un secret que nous travaillons sur l’AR. Nous n’avons pas de produit à annoncer pour le moment, mais oh oui, nous y travaillons." Les deux caméras frontales du Vive Pro vont d’ailleurs servir, entre autres, à obtenir des données d’utilisation réelle afin de contribuer à la recherche et développement pour la réalité augmentée. Cela implique entre autres la reconnaissance gestuelle.

Côté hardware, HTC peut se targuer de maîtriser l’ensemble de sa chaîne de production. "Nous possédons nos propres usines, donc nous pouvons augmenter ou réduire les cadences de production en fonction des besoins, et nous avons un contrôle total sur la qualité de nos produits", a déclaré à L'Usine Digitale Daniel O’Brien, General Manager de HTC Vive sur le continent américain. HTC fabrique tout lui-même : des casques aux balises Lighthouse en passant par les contrôleurs et autres accessoires.

Les choses sont plus compliquées pour le software, même si HTC a mis au point une stratégie de plate-forme (Vive Wave) avec sa propre boutique (Viveport), et développe désormais des applications au sein de Vive Studios. Le tout est complété par un accélérateur de start-up, le Vive Accelerator. La difficulté est qu'il fait face à d'autres écosystèmes beaucoup plus puissants que le sien.

Le vrai défi pour HTC aujourd’hui est d’imposer Viveport comme une alternative crédible à Steam sur PC et à Daydream sur mobile (en plus de l’Oculus Store, présent sur ces deux marchés), et ce sans fâcher ses partenaires. Malgré l’annulation de leur casque prévu en commun, Daniel O’Brien insiste sur les bons rapports qu’entretient HTC avec Google. "Nous travaillons toujours avec eux, y compris sur de nouvelles choses, et ils ont publié certaines de leurs applications sur notre boutique Viveport. Il n’y a pas d’antipathie entre nous, nous voulons tous que le marché de la VR décolle." Reste qu’il n’y aura pas de place pour tous les écosystèmes.

 

Jeu par abonnement, casques tout-en-un... et opérateurs télécoms ?

Rikard Steiber, Président de Viveport chez HTC Vive, mise sur le jeu par abonnement pour différencier Viveport. "Nous offrons de plus en plus de bonus dans nos abonnements. Désormais, nos membres bénéficient de réductions spéciales et de jeux offerts en plus de leurs cinq applications par mois. Notre objectif est de reproduire le modèle Netflix sur le marché de la VR." Et cela fonctionne, du moins à l’échelle de cette boutique spécifique. "Nous avons plus d’abonnements que d’achats individuels. Les achats progressent à bon rythme, mais le nombre d’abonnements explose. C’est le principal moteur de notre croissance." En matière de volume, pas possible d’obtenir de chiffre précis, mais Rikard Steiber indique : "Plus d’un million de téléchargements ont eu lieu sur Viveport en 2017". A noter que tous ne sont pas payants.

 

Outre ce business model différenciant, HTC compte sur le Vive Focus, son casque tout-en-un, pour imposer Viveport. Elle y est la boutique par défaut, alors qu’il s’agit de Steam pour le HTC Vive. L’héritage télécom de HTC pourrait aussi l’aider à s’émanciper des géants technologiques américains (Valve, Google) avec lequel il s’est associé jusqu’ici. "Nous discutons beaucoup avec les opérateurs télécom cette année, révèle Daniel O’Brien. Ils commencent à comprendre l’intérêt de la réalité virtuelle et à vouloir être sur ce marché."

Le produit idéal pour ce faire est évidemment le Vive Focus, mais celui-ci n'est pour l'instant disponible qu'en Chine. HTC s’était jusqu’à présent refusé à commenter sur une éventuelle sortie en Occident, mais l'entreprise nous a laissé entendre que la présence du casque au MWC 2018 n’est pas anodine. Son prix supérieur à 500 euros en ferait un bon candidat pour une offre par abonnement du type de celles proposées pour les smartphones (où le prix de l’appareil à l’achat est réduit car amorti par le contrat mensuel). Encore faut-il que les consommateurs répondent présent.

 

La Chine, territoire clé

On en revient au sujet délicat de la maturité du marché de l'immersion (technologies, contenus) et de la capacité de HTC à continuer d'innover jusqu'à ce qu'il puisse profiter de sa croissance. Pour le moment, le territoire sur lequel tout va se jouer est la Chine. HTC y a développé un leadership incontestable, mais dont la pérennité n’est pour autant pas assurée. "En Chine, le contenu VR est principalement consommé sur des appareils mobiles [ndlr: accessoires pour smartphone]," explique Jason Tsai, analyste chez Trendforce.

"Il y a un manque d’appareils et de contenus de qualité hors du marché mobile. HTC a bénéficié du fait qu’il n’avait pas de concurrent fort en Chine car le gouvernement chinois limite strictement les activités de rivaux potentiels comme Oculus. Cependant, HTC pourrait ne pas disposer d’un avantage aussi important cette année, car Xiaomi et Oculus viennent de former un partenariat sur ce territoire." Le succès du Vive Focus en Chine déterminera sa sortie ou non à l'international. Et la réussite globale du Vive Focus (et de la plate-forme software qui y est associée) décidera du rôle de HTC à l'avenir : acteur majeur, ou pionnier vaincu.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media