Présidentielle 2017 : "Il faut faire monter le niveau d'urgence digitale, comme avec le réchauffement climatique", lance Olivier Mathiot

France Digitale, association regroupant entrepreneurs et investisseurs du numérique, organise son grand événement annuel, le "France Digitale Day", ce 15 septembre.

Au programme : une réflexion sur la France numérique de 2017 qui doit nourrir les programmes des futurs candidats à l'élection présidentielle.

Olivier Mathiot, co-fondateur de PriceMinister et président de France Digitale, explique ce parti-pris.

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Présidentielle 2017 :

L'Usine Digitale - Lors du "France Digitale Day", le 15 septembre, vous lancez la "bataille pour la grandeur" de l'écosystème numérique français, avec une demi-journée de duels thématiques sur une scène en forme de ring. Vous voulez vraiment aller au combat ?

Olivier Mathiot - On assume ce côté offensif. C'est ce qui a marché en début de quinquennat avec le mouvement des Pigeons. On n'esquive pas le rapport de force. Mais nous ne sommes pas non plus juste dans la critique du gouvernement, de la France, de l'Europe... Ce combat est aussi à livrer contre nous-mêmes : il faut hausser le niveau général d'ambition, y compris chez les investisseurs et chez les entrepreneurs. Les discours sont ambitieux mais culturellement, nous avons encore du retard sur les Anglo-saxons. La France souffre du syndrome du pays moyen. Dès qu'on émet un produit, on le fait à l'échelle de la France, un marché moyen, tandis que de plus petits pays visent, eux, directement l'international.

En s'invitant dans l'agenda politique, avec 2017 en ligne de mire, les entrepreneurs ne sortent-ils pas de leur rôle ?

Les entrepreneurs ont plutôt envie de s'intéresser à la politique. Ils veulent s'impliquer mais manquent de temps. Nous voulons agir comme un syndicat. Lors du mouvement des Pigeons, beaucoup ont pris la plume et publié des tribunes. Ils ont besoin d'un relais, d'un porte-voix. France Digitale joue ce rôle.

Comment faire exister les enjeux liés au numérique et à l'entrepreneuriat dans une campagne qui débute à peine ?

Il faut qu'il y ait un clivage fort autour d'un sujet pour que les partis s'en emparent. J'ai peur que la montée du Front national et les crises en Grèce, en Chine et au Moyen-Orient n'éclipsent tous les autres sujets lors de la campagne pour 2017. C'est pour cela qu'il faut s'y prendre tôt, en lançant une sorte de "Grenelle du numérique" pour sensibiliser tous les candidats. Nous allons permettre à plusieurs milliers de personnes de donner leur avis en ligne. Ensuite nous résumerons ces propositions dans un document simple, en quelques mesures fortes basées sur des indicateurs compréhensibles (l'attractivité du pays, ou le taux de chômage des jeunes, par exemple), avec lequel nous interpellerons chaque candidat.

La méthode est similaire à celle de Nicolas Hulot en 2006, lorsqu'il avait lancé le Pacte écologique. S'il a peut être commis une erreur en se présentant lui-même, il a réussi à mobiliser autour de son sujet. L'écologie est devenue une cause transversale. Le constat sur l'urgence d'agir est partagé par la gauche et la droite mais le sujet reste clivant, par les différences d'approche sur la façon de faire. C'est la même chose pour le numérique : tout le monde veut qu'il y ait plus d'entreprises, plus de numérique... Mais comment faire ?

Il s'agit donc de créer le clivage. Nous voulons être des lanceurs d'alerte et faire monter le niveau d'urgence digitale, comme avec le réchauffement climatique.

Quels sujets comptez-vous aborder ?

Les critères d'innovation, le droit du travail, le contrat de travail, la notion de salariat, l'éducation, le rapport à l'entreprise, toutes ces choses issues de la révolution industrielle, mais aussi l'investissement des particuliers et des business angels, les relations entre start-up et grands groupes, l'éducation... La question centrale est "Comment peut-on faire grossir les entreprises françaises ?" Il faut casser les blocages, les effets des seuils d'effectif et les complexités liées au droit du travail. La France est championne du monde des entreprises de 49 salariés ! Il y a des entreprises qui, arrivées à 50 salariés, se coupent en deux ! Ce n'est pas une ambition suffisante ! Le temps que passent les entrepreneurs et les financiers à décortiquer les mesures fiscales, législatives, et le code du travail, est du temps perdu. Les cadres dans lesquels on évolue sont de vieux cadres qu'il faut repenser.

Il faut orienter l'ensemble du paquebot France. Mais penser que le numérique va tirer tout le pays est illusoire. Cela prendrait trop de temps. Ce serait comme essayer de faire virer un énorme paquebot avec un petit bateau. Le numérique n'est pas un secteur : c'est une transformation complète de tous les secteurs. C'est le paquebot tout entier qu'il faut numériser.

Sur les sujets de société et de libertés individuelles liées au numérique, comptez-vous aussi faire entendre votre voix ?

Oui, si les mesures prises mettent en péril des entreprises. Si OVH partait de France à cause de contraintes imposées par l'Etat, comme les boites noires de la loi renseignement, nous devrions intervenir. Mais sur tout ce qui est purement sociétal nous ne sommes pas légitimes, même si les sujets nous intéressent.

Vous vous focalisez sur 2017, mais comment jugez-vous les actions engagées depuis le début du quinquennat Hollande ?

Il y a eu beaucoup de progrès, à travers les initiatives de Fleur Pellerin puis d'Axelle Lemaire et d'Emmanuel Macron. Ils ont conscience des enjeux, mais pas encore assez de la vitesse à laquelle doivent bouger les choses. Nous avons porté un grand sujet par an depuis le début du quinquennat. En 2013 il y a eu le combat des Pigeons sur la fiscalité, en 2014 nous nous sommes battus sur l'actionnariat salarié pour simplifier la distribution d'actions gratuites... Et les choses ont bougé. Mais ça ne va pas assez vite : on marche alors qu'il faudrait courir.

Il faut tout de même admettre que la France a maintenant sa place parmi les start-up nations, avec de vrais succès qui rayonnent à l'international. La perception de la France comme pays d'innovation s'est améliorée.

C'est l'effet French Tech ?

Pour être honnête, je pense que la French Tech a joué sur les mentalités plus que sur l'attractivité. Si vous posez la question à quelqu'un à l'étranger, il ne saura pas forcément ce que c'est...

Mais le mouvement a été utile, il a entrainé les métropoles dans une bonne dynamique. L'université, l'administration, les entrepreneurs et les investisseurs, sont les quatre composantes principales qui fondent un écosystème. La French Tech les a rassemblées et faites avancer ensemble.

Le problème, c'est que parallèlement, une série de petits signaux et de petites phrases ont terni l'image de la France. Le combat des Pigeons et de la taxe à 75%, l'intervention de Montebourg pour empêcher la vente de Dailymotion à Yahoo, puis la gestion très maladroite de l'affaire Uber... tout cela a eu un effet dévastateur en termes de communication. Nos interlocuteurs à l'étranger ne retiennent que ces histoires-là.

Il faut que les politiques comprennent ce que le numérique implique même dans leur vie de personnalité politique : ils ne peuvent plus mentir comme avant ou mener des actions sans réfléchir aux conséquences en terme de communication. Certains commencent à le comprendre, d'autres semblent encore désarmés face aux changements qu'implique cette révolution.

Les candidats sont-ils réceptifs à votre appel ?

Comme je l'ai dit, nous avons des contacts réguliers avec les ministres en exercice. A droite, Nathalie Kosciusko-Morizet n'est plus à convaincre et nous sentons aussi une prise de conscience des futurs candidats : François Fillon, Alain Juppé, Bruno le Maire... on en a déjà rencontrés beaucoup, ils viennent nous voir ou sollicitent des entrepreneurs directement. Nous devrions bientôt rencontrer Nicolas Sarkozy. Nous allons continuer et organiser des réunions spécifiques avec eux. Pour l'instant, nous en sommes encore au stade de la sensibilisation, mais tous se montrent intéressés.

Charles Foucault et Sylvain Arnulf

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