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"Il faut créer des Airbus du net", assure Yves Tyrode

mis à jour le 15 novembre 2014 à 12H47
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Yves Tyrode, le patron de voyages-sncf.com, vient d'être nommé par Guillaume Pépy, à la tête de la direction digitale du groupe SNCF. Une suite finalement assez logique après que l'ancien patron du Technocentre d’Orange ait pris la tête de Voyages-sncf.com en 2011. L'Usine Digitale avait eu l'occasion de l'interviewer sur sa vision du numérique et de la transformation digitiale de l'économie en début d'année. Nous vous livrons ici cet entretien. Convaincu que le numérique est un levier de croissance pour l’Europe, le DG de la plate-forme de voyages croit en un Airbus du net… tout en ayant les yeux rivés sur la Chine.

Il faut créer des Airbus du net, assure Yves Tyrode
"Il faut créer des Airbus du net", assure Yves Tyrode

L'Usine Digitale - Les initiatives de Fleur Pellerin et le voyage de François Hollande aux Etats-Unis ont dirigé les projecteurs sur la FrenchTech, en faites-vous partie ?

Yves Tyrode - Je l'espère… même si je ne sais pas trop ce que cela veut dire. J'ai l'impression que c'est très axé start-up. Avec nos 650 salariés nous sommes plutôt une grosse PME. Ce serait une erreur de ne s'adresser qu'aux start-up. Une start-up ne peut grossir que si elle s'accroche à une grosse plate-forme. Il faut créer un Airbus du net, ou plusieurs : pour le cloud, le paiement, les télécoms, l’e-commerce…

Nous n’y sommes pas mais l’histoire va dans le bon sens : il y a une prise de conscience depuis un an que le numérique est un sujet majeur. Le grand public se rend compte peu à peu que ce qui s’y passe n’est pas que virtuel, c’est la vraie vie.

Du porte-à-porte sur toute l'Europe

Voyages-sncf.com a lancé en béta le site Mytripset qui permet la planification de voyage dans toute l'Europe, porte à porte. Le site propose les temps de trajets et les coûts de toutes les solutions multimodales : transports en commun, voiture, train et voiture. "L'industrialisation est prévue en avril ou mai, confie Yves Tyrode, nous devons tester notre capacité à tenir la charge".

Mais n’est-il pas en même temps destructeur d’emplois ?

Je ne pense pas. Nous sommes au tout début d’une histoire. On a un monde à inventer. Les objets connectés, la e-santé et les autres secteurs qui émergent grâce au numérique vont générer de la croissance et donc de l’emploi. Il faut se rendre compte que le numérique, c'est de l'industrie lourde. En pointe, Voyages-sncf.com réalise 22 ventes par seconde. A ce rythme, pour maintenir une qualité de service très élevée, il faut une infrastructure incroyablement robuste. Regardez Amazon : en inventant le commerce basé sur la data, Jeff Bezos a construit un empire. Pour moi, c’est la référence.

Justement, l’Europe n’a-t-elle pas déjà perdu face aux empires mondiaux que sont Amazon, Google, Facebook et Apple ?

Le web va se relocaliser dans les 2 à 3 ans à venir via la culture de la privacy. Les Européens, et les Français, n'ont pas du tout le même rapport à la vie privée que les Américains. Inexorablement la réglementation va devenir locale. Cette différence de culture peut être à l'origine d'un internet européen.

Cette conviction aura-t-elle des conséquences sur votre organisation ?

C’est déjà le cas. Avant des opérations étaient réalisées en Asie et aux USA mais nous les avons réinternalisées en France. Chez Voyages-sncf.com, la moitié de l'effectif travaille sur le marketing et le commerce, l'autre moitié sur la techno. Nous avons décidé de concentrer toute la techno en France : nos data centers, nos centres techniques à Lille et Saint-Denis, le développement à Nantes et le QG à la Défense.

Nous avons aussi internalisé le design pour réduire le "time to market". Mettre côte à côte les équipes techno, business et design permet un fonctionnement agile. Et, comme Amazon, nous sommes passés à un développement mutualisé : nous ne fabriquons qu'un site et le déclinons pour des déploiements locaux.

Où sont ces déploiements locaux ?

En Europe nous sommes connus sous Voyages-sncf.com, ailleurs sous le nom de Rail Europe. Nous sommes un outil de commerce extérieur pour la France, nous avons vendus 8 millions de billets à l’étranger en 2013. Déjà présents aux Etats-Unis et à Hong Kong d’où nous alimentons l’Australie, le Japon et la Corée, nous venons de lancer deux sites en Russie, un pour les particuliers et un pour les entreprises.

Mais nos plus grosses ambitions sont sur la Chine. Comment devenir marchand en Chine. C’est un gros challenge : il y a des contraintes de visas, de paiement, de référencement… Il faut aussi faire de la pédagogie sur place pour faire connaître le train et faire connaître l’Europe. Là-bas nous parions sur le web qui est plus adapté aux voyages personnalisés. Le TGV fait partie des monuments que les Chinois veulent visiter, ils le prennent pour relier Paris qu’ils visitent forcément aux Alpes où ils recherchent l’absence de pollution. Pour tout cela nous avons un gros partenaire à Shanghai : CTRIP. C’est le futur Expedia, il emploie déjà 30 000 personnes.

Le mobile bouleverse-t-il votre business ?

Complétement : il représente 43% de notre audience en 2013 contre 3% il y a 3 ans. Cette croissance va se poursuivre, et si les achats n'en sont pas encore à ce niveau, ils vont suivre. Nous travaillons déjà depuis un moment en "mobile first" : le design est d’abord réalisé pour le mobile, car l'environnement y est plus contraint, pour ensuite être décliné sur tablette et ordinateur. Nous tentons de proposer des interfaces et des interactions toujours plus immersives.

Les compétences de vos équipes peuvent-elles évoluer aussi vite que la technologie ?

C’est à l’organisation d’évoluer pour s'adapter à cette nouvelle donne. Au quotidien, trois inquiétudes me guident : "lions-nous les bons partenariats ?", "notre qualité de service est-elle la meilleure possible ?" et "va-t-on assez vite ? quelle sera la prochaine rupture technologique ?"

Aujourd’hui l’internet se fond dans un Multinet : l'expérience utilisateur d’un client navigant sur un Samsung n'est pas la même que celle du possesseur d'un iPhone. On a dû redévelopper entièrement notre appli entre iOS6 et iOS7 pour qu'elle soit optimale… Nous devons nous adapter. Dès cette année les équipes ne travailleront plus par terminal mais par expérience clients : iOS, Android, Windows Phone, web… voire demain Amazon, Baidu, etc.

Il faut donc se plier aux spécificités et possibilités de chaque plate-forme. Pour cela il faut des salariés spécialisés par OS, que ce soit en développement, en design et même en business. C’est pourquoi nous sommes en relation avec des écoles d’ingé et de commerce. Nous prenons des élèves en apprentissage et venons d’ouvrir une chaire sur le Big Data à Telecom ParisTech.

Propos recueillis par Thibaut de Jaegher et Charles Foucault

La France investit sept fois moins que le Royaume-Uni dans le Big Data

 
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