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MWC 2014 : Mark Zuckerberg, l'ovni venu du Web se pose sur la planète télécoms

C'était l'événement du MWC 2014 à Barcelone. Le patron de Facebook s'est adressé en personne aux acteurs des télécoms, qui l'attendaient avec impatience. Mais Mark Zuckerberg ne venait que leur vendre l'initiative Internet.org, et l'importance d'un accès gratuit à Facebook dans les pays émergents ! 
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MWC 2014 : Mark Zuckerberg, l'ovni venu du Web se pose sur la planète télécoms
MWC 2014 : Mark Zuckerberg, l'ovni venu du Web se pose sur la planète télécoms © Emmanuelle Delsol

Lundi 25 février, à 18h, le Mobile World Congress s'est tout simplement arrêté de tourner. Interrompues les démonstrations de bracelets connectées et les conversations sur les annonces de Samsung. Les dizaines de milliers de visiteurs du salon mondial du mobile se sont installés pour écouter un ovni venu de la galaxie du Web et atterri sur cette grande planète des télécoms : Mark Zuckerberg, le patron de Facebook. Certains, chanceux, installés dans la plus grande salle de conférence du salon, pleine à craquer. D'autres assis ou même debouts devant l'un des nombreux écrans de la Fira. Rencontre du troisième type...

Rencontre du troisième type

Il a fallu une bonne dose de patience et de persévérance à ceux qui ont tenu à assister à l'entretien de Mark Zuckerberg avec le bienveillant David Kirckpatrick, auteur de "The Facebook Effect, The Inside Story of the Company That Is Connecting the World". Huit aller-retour dans une file d'attente en serpentin sur le modèle de celles de l'enregistrement dans un aéroport, et une vingtaine de minutes, étaient nécessaires pour atteindre enfin l'entrée de la salle. Heureusement, au Mobile World Congress, chacun sait s'occuper avec son smartphone, sa tablette, voire sa Gopro, histoire de prendre en photo cette incroyable file d'attente, par exemple... Et 45 minutes avant le début du "show", déjà plus une seule place n'était libre. Trois quarts d'heures et une brève introduction plus tard, Mark Zuckerberg a fait son entrée sous des applaudissements juste polis au regard de la mobilisation de la foule. Pas d'acclamations. N'est pas Steve Jobs qui veut. Et le monde des télécoms, qui plus est, n'est pas forcément le plus enclin à adorer les patrons du Net.

L'enthousiasme ne fut pas de la partie. La foule était visiblement venue curieuse de voir ce patron extraterrestre pas encore trentenaire, qui réussit à faire de l'argent avec des amis qui s'échangent des photos... et qui vient de dépenser le montant improbable de 19 milliards de dollars pour acheter une petite messagerie mobile... Les smartphones ont néanmoins crépité par centaines. A défaut de selfie, pas question de repartir sans sa petite photo de l'événement, même si, sur le cliché, Mark Zuckerberg n'est pas plus haut que Lady Gaga vue depuis le fond du Stade de France. Cette foule massée avait envie d'entendre Mark Zuckerberg raconter Facebook. De comprendre ce qui fait de lui un petit génie du business, bien loin du vieux monde de la fabrication d'équipements ou de smartphones, mais aussi de l'édition de logiciels traditionnels. De l'entendre détailler ses ambitions avec Whatsapp.

Apôtre d’un monde meilleur

Que nenni. Le patron du réseau social n'était pas venu pour cela.

Fort du coaching qui lui sert à ne plus stresser en public, il est apparu rigide, et plutôt froid. Tournant mécaniquement la tête à droite, au centre et à gauche, pour balayer l'ensemble du public du regard, comme on le lui a appris.

S'il a accepté de répondre laconiquement à quelques questions sur Whatsapp, le patron de Facebook était venu parler d'Internet.org. Et il n'a pas dérogé à ses plans. L'initiative qu'il a personnellement lancée en aout 2013 avec des grands du secteur comme Ericsson, Nokia ou Samsung vise à connecter à Internet les quelques milliards de personnes qui n'en bénéficient pas encore. Comme tous les grands de l'Internet ont pris l'habitude de le faire, Mark Zuckerberg présente Internet.org comme une mission destinée à rendre le monde meilleur.

Opérateurs télécoms de tous les pays…

Mais pour cela, il a poussé le discours un cran plus loin, cette fois. Avec un argumentaire déroulé durant 45 minutes qui a surement laissé pantois une bonne partie de cet auditoire du monde des télécoms. Pour lui, le prix du mobile qui restait un obstacle à l'accès à Internet dans beaucoup d'endroits du monde n'en est plus un. Les annonces des smartphones à moins de 50 dollars sont courantes et un modèle à 25 dollars vient d'être annoncé. "Pourquoi les deux ou trois prochains milliards d'individus qui n'ont pas Internet n'y viennent-ils pas, s'est interrogé Marc Zuckerberg avant de donner la réponse. Non pas parce qu'ils n'ont pas d'argent. Mais parce qu'ils ne connaissent pas la valeur des services auxquels ils peuvent avoir accès." A bons entendeurs des pays en développement, salut ! La solution pour les convaincre ? Elle est simple pour le jeune fondateur de Facebook : dans ces régions, les opérateurs télécoms doivent proposer gratuitement suffisamment de bande passante à leurs clients potentiels pour qu'ils accèdent gratuitement aux services essentiels du Web. Suite du raisonnement : Une fois que les utilisateurs ont compris tout l'intéret d'être connectés à ces services, ils paieront volontiers pour en avoir d'autres. CQFD.

Quels seraient les services indispensables dont ces futurs mobinautes devraient disposer gratuitement ? Mark Zuckerberg les énumère : la météo, les services bancaires, le prix des denrées, Wikipedia, mais aussi... Facebook. Le patron du réseau social a continué à déroulé son argumentaire en faisant tout simplement appel aux opérateurs qui souhaiteraient devenir ses partenaires dans la démarche. "Entre trois et cinq, nous ne pouvons pas en assumer plus pour l'instant." Un peu d'arrogance à l'américaine ne fait pas de mal, après tout. Mais même Verizon, le numéro un mondial des opérateurs avait opposé une fin de non recevoir à son compatriote sur le sujet.

A la recherche de la convergence perdue

A la fin de la présentation, alors que le public silencieux se dirigeait précipitamment vers la sortie pour attraper un des rares taxis ou trains pour rentrer vers son hôtel, le patron de Facebook, lui, partait rejoindre quelques opérateurs européens. Un dîner dont on ne sait pas grand chose si ce n'est qu'y participait, Stéphane Richard, le DG d'Orange. Comme le résume Stephen Sale, analyste pour Analysys Mason, "Facebook veut augmenter sa base clients. Les opérateurs télécoms veulent la même chose." Et même si la perspective d'offrir des services plutôt que de les vendre parait difficile à avaler, beaucoup d'entre eux ont déjà commencé à travailler avec Facebook, comme Orange en Afrique, pour déployer une version allégée du réseau social sur des téléphones simples et pas chers, par exemple.

Parmi les équipementiers, certains ont déjà franchi le pas de la collaboration avec Facebook. C'est le cas d'Ericsson. Mark Zuckerberg a annoncé en personne l'ouverture d'un laboratoire commun d'innovation avec le suédois sur son campus de Menlo Park (Californie). Cette plate-forme technologique permettra à Facebook et aux développeurs d'applications de tester leurs développements, en simulation, sur n'importe quel réseau dans le monde. Le réseau au 1,2 milliard d'amis est bel et bien capable d'attirer les plus grands.

Emmanuelle Delsol avec Julien Bonnet, à Barcelone

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